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Soutenir au lieu de juger

La devise 2025 de la Journée d’action sur l’alcool, « soutenir au lieu de juger », correspond à l’approche de travail adoptée par Santé bernoise. Christina Messerli, responsable du domaine Consultation et Thérapie, explique dans cet entretien en quoi consiste exactement cette démarche.

Quelles sont les postures qui caractérisent notre collaboration avec les personnes souffrant d’une addiction ?

Lorsque des personnes consomment et développent une addiction, on observe toujours différentes influences entrant en jeu. Notre conception multifactorielle de l’addiction ainsi que la vision bio-psycho-sociale sous-jacente à notre travail nous conduisent à envisager les personnes en fonction de ce qu’elles portent avec elles et de ce qui les a façonnées, de leur état de santé (bio), de leur état psychique (psycho) et des conditions et relations dans leur vie actuelle (social).

Pour mieux comprendre les personnes, leur comportement et leurs émotions dans le cadre de la consultation et de la thérapie, nous considérons l’approche systémique comme essentielle. Celle-ci repose sur l’idée que les problèmes et les comportements problématiques ne constituent pas simplement des caractéristiques individuelles. Ils sont plutôt l’expression d’influences, d’interactions et de tensions présentes dans des systèmes tels que l’école, la famille, le travail ou le cercle amical.

Il se peut ainsi, par exemple, que la perte d’un proche entraîne une personne qui consommait depuis des années à faible risque vers une consommation à risque. De même, des circonstances structurelles ou historiques comme la pauvreté, la perte d’emploi, les traumatismes ou une enfance passée avec des parents souffrant d’addiction ou de troubles psychiques exposent déjà en soi à un risque important. Parmi les facteurs de risque, il faut aussi mentionner le marché toujours plus fourni de propositions induisant des addictions dans le domaine en ligne (jeux, paris sportifs, médias sociaux), qui ciblent également les enfants et les jeunes.      

Pour les personnes concernées, les comportements de consommation ou d’addiction remplissent souvent une fonction, ils représentent des stratégies d’adaptation qu’il s’agit de comprendre. Consommer de l’alcool peut ainsi exercer l’effet d’un régulateur de stress ou fournir un moment de distance dans des situations conflictuelles. Utiliser son smartphone procure un sentiment de sécurité et les jeux d’argent mettent un moment en pause les mondes émotionnels négatifs.

Pour nous, comprendre et soutenir signifie donc avant tout écouter et poser des questions. Ensemble avec la cliente ou le client, nous examinons les différentes influences et relations en présence, pour ensuite développer, progressivement, des stratégies de maîtrise plus saines. Dans ce contexte, il est également important d’impliquer les proches. Car « soutenir au lieu de juger » signifie aussi que les personnes concernées et leur entourage comprennent que l’addiction est une maladie psychique dont la prise en charge et le traitement nécessitent du temps, de l’attention et un soutien professionnel. 

Quelle est la prévalence de la consommation d’alcool en Suisse ?

En Suisse, une personne sur cinq consomme de l’alcool de manière abusive. Par conséquent, près d’une sur trois compte au minimum une personne abusant de l’alcool dans son entourage. On estime à environ 250 000 le nombre de personnes alcoolodépendantes en Suisse.

Les conséquences d’une consommation excessive d’alcool sont lourdes tant pour les personnes concernées que pour leur entourage : il s’agit de l’une des principales causes de mortalité prématurée (décès par accident, blessures, cancers ou cirrhose du foie). L’alcool est à l’origine d’environ la moitié des délits violents étudiés. En 2023, la consommation d’alcool était responsable de la moitié des admissions dans des centres spécialisés dans les addictions. Les coûts engendrés par une consommation excessive d’alcool s’élèvent à environ 2,8 milliards de francs par an.

En Suisse, 83% de la population âgée de 15 ans et plus consomme de l’alcool, une proportion restée pratiquement inchangée au cours des 30 dernières années. La consommation quotidienne d’alcool a certes diminué depuis, mais les ivresses ponctuelles se maintiennent à un niveau élevé et problématique, selon le Panorama suisse des addictions 2025.

Comment témoigner plus de compréhension envers une personne concernée sans la juger ?

Derrière chaque comportement, il est important de voir la personne dans sa globalité et son contexte. Si je me fais du souci pour quelqu’un, je peux aborder le sujet et mettre un nom sur ce que je perçois, ce que j’observe et ce qui me préoccupe. Je peux également proposer un entretien et lui faire savoir que je suis là pour elle. Il faut lui laisser du temps. Les offres ne sont des offres que s’il est possible de les refuser. Cela peut paraître difficile, mais pour les personnes concernées, il est plus facile de réagir à leur propre rythme et, le cas échéant, de demander du soutien. Si les problèmes d’autres personnes me pèsent et que celles-ci ne sont pas encore disposées à demander de l’aide, je peux aussi demander du soutien pour moi-même.

Nous savons que la charge peut être tout aussi lourde pour l’entourage, c’est pourquoi les offres de consultation de Santé bernoise leur sont également destinées. Un appel et un premier échange peuvent souvent apporter un premier soulagement.

Sources sur la diffusion de la consommation d’alcool en Suisse
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